« Eros, le saint esprit de la nature »
Quelle étrange déclaration de Karlfried Graf Dürckheim …
Ce n’était pas la première fois que Jacques Castermane nous la livrait telle quelle, sans plus d’explications. Je l’avais laissée filer, comme tout ce que je ne peux intégrer sur le champ à travers une expérience concrète. Expérience qui me fait, non pas comprendre (avec ma tête), mais connaître (de tout mon être) le sens de ce qui est dit, comme cela doit être le cas avec les aphorismes.
Cette fois encore, elle était passée à travers moi sans y laisser apparemment de traces.
Mais voilà que le lendemain matin, au petit déjeuner, mon regard rencontrait le bol de thé posé devant moi.
J’en fus soudainement touchée, étonnamment, comme si cette vision pénétrait de beauté, de douceur, la profondeur de mon être, me liant mystérieusement à elle.
Oui, ce bol que je voyais là, et moi-même, étions un. Ne cherchez pas à comprendre (avec la tête). Les expériences de ce genre dépassent l’entendement, ne peuvent être comprises à l’aide d’un savoir.
Me vinrent alors ces mots :
TOUT ce que nous vivons est RENCONTRE
Mes yeux se posent sur le bol et c’est une rencontre.
Mes doigts le touchent, en sentent la texture, le poids, la forme…
Rencontre…
Mes lèvres s’approchent, touchent ses bords, se laissent surprendre par la saveur de l’eau, chaude et parfumée…
Rencontre…
Et ce son d’arbres frémissants dans la brise !
Bleu intense … le ciel !
L’herbe… verte.
Lumière, couleurs, sons, contacts
Nous sommes ainsi,
Touchés de toutes parts,
À tous moments,
Sans cesse,
C’est ainsi.
Oui, c’est ainsi, il n’y a même pas à chercher.
Pourtant, enfermés dans nos têtes, pressés de juger, d’argumenter, de comparer, de calculer, d’espérer, nous passons à côté de ces rencontres si immédiatement riches et profondes, sensuelles, absolument réelles.
Et… c’est magnifique… nous ne sommes jamais seuls !
Eros le Saint Esprit de la nature !
Oui, c’est peut-être bien cela que voulait dire Graf Dürckheim :
Si nous considérons l’Esprit Saint comme la façon dont notre esprit (qui n’est pas le mental) s’ouvre et se laisse toucher, si nous considérons sa virginité comme l’espace liant, unifiant, oui alors on peut parler de lui comme d’Eros, celui qui fait de deux, un.
Bienvenus dans le monde du zen !
*K.G. Dürckheim est un pionnier du zen en occident. Durant les dix années qu’il a passées au Japon, il a rencontré des hommes du zen qui lui ont enseigné le zazen (méditation sans objet), l’art du tir à l’arc, la calligraphie et la cérémonie du thé. Au moment de rentrer en Occident, l’un de ses maîtres Yuko Seiki Roshi, lui dit ceci :
« Le zen, a sa source dans le Dharma, l’enseignement du Bouddha historique. Il y a de cela 2500ans, il est ensuite passé en Chine sous le nom de Chan. Il y a 700 ans, il est arrivé au Japon où il est appelé Zen. Mais les Japonais n’ont pas imité les Chinois, ils ont créé un zen Japonais. N’imitez pas les Japonais, vous devez mettre en place un zen pour l’occident. ». Voilà comment Dürckheim a été invité à transmettre cet enseignement plurimillénaire en occident, voie qu’il a nommée « La Voie de l’Action »
*Jacques Castermane fut le plus proche élève de Dürckheim et a été choisi par ce dernier pour lui succéder et transmettre à son tour son enseignement.
Accompagnement
Les accompagnements au zazen sont des aphorismes. Ce qui y est dit ne doit pas être entendu juste à un niveau intellectuel mais doit être transmué en actions, actions qui en même temps sont sensations, « sentement » de soi-même. Il est par exemple très différent de penser au mot s’asseoir que de se sentir concrètement assis dans tout son corps. Le fait qu’un enseignement s’adresse au vécu corporel change immanquablement notre perception sensorielle de nous-même et de la vie et entraîne une transformation concrète de l’homme tout entier, corps, cœur et esprit.
Rassurez-vous, si vous débutez, on commence petit, pas à pas ; des choses simples pour s’entraîner à sentir, à connaître, à se connaître et à se libérer de l’égotisme, cet emprisonnement dans le mental qui, posant un filtre entre nous et la vie telle qu’elle est perçue directement par nos sens, sépare, désunit.
Les deux techniques que je propose, le zazen et l’eutonie, une pratique corporelle douce visant à abandonner les tensions inutiles, nous amèneront, à notre rythme, à cette connaissance.